13 minutes/ Kinetophone 6/ présenté au Bourg à Lausanne par David Gagnebin-de Bons/organisé par NEAR

FAKE MEMORY II
Kinétophone propose à des photographes de s'associer à des musiciens pour travailler, sous des formes renouvelées, l'image et le son dans un espace ouvert autour d'une soirée publique.
Le travail que nous allons voir ce soir constitue le second volet d'une trilogie. Volet, j'insiste, parce que c'est un mot d'ouverture, et qu'elle s'opère sur un lieu qui réserve un suspens, une tension radicale, qui demande une résolution que vous aurez, je l'espère, la chance de voir en octobre ici même. Volet également comme les panneaux sombre d'un triptyque fermé.
Non pas que les 13 minutes de ce soir ne se suffisent pas à elle mêmes, mais bien qu'à l'instar des liens que Virginie tisse entre images, textes et sons, les combinatoires semblent sans limites.
Dans fake memory deux, la fureur de la première partie semble faire place à une inquiétude nouvelle. Là où le son, l'image et le texte, pour celles et ceux qui y avaient assisté, nous entrainaient dans une forme de déferlement sombre, où l'espoir se nichaient dans le silence et la fin des images, les premiers instants de notre expérience de spectateur, ce soir, nous laissent en état d'apnée, plus que d'épuisement. La lenteur donc, contre la course.
Nous courrions, à bout de souffle, nous nous enfonçons désormais
Nous nous enfonçons de la clarté vers un noir premier, vers l'intérieur des choses, des gens, des objets, vers le négatif des images, donc, si vous me passez le raccourci, vers l'origine, avec probablement un O capital.
En parlant d'orignie, la matière de la projection ne nous est pas tellement étrangère: les sons restent ceux enregistrés par Virginie des bruits du matériel photographique, agencé et recomposés par FT. Les images semblent faites d'une même pâte, les textes également lapidaires.
Pourtant, là où nous regardions Fake Memory, nous regardons Fake memory II.
Simplification du titre, bien sûr, clarté, et sobriété, à l'image du travail, mais également thématisation du double, de la répétition, du faux qui permettrait la construction d'un sens nouveau.
Ce n'est sans doute pas par hasard que l'ensemble des textes est justement constitué de titres de livres pris, non pour le contenu qu'ils cachent, mais pour ce qu'ils sont: des phrases existantes, et dont les sons génèrent des échos, des relations propres.
Les choses pour ce qu'elles sont: une apparence, un fake, avec laquelle, tant bien que mal, nos rêves et notre mémoire s'arrangent.
David Gagnebin-de Bons