13 minutes/ Kinetophone 7/ présenté au Bourg à Lausanne par David Gagnebin-de Bons/organisé par NEAR

FAKE MEMORY III

Les photos, c'est comme du cinéma?… voici les premiers mots, l'interrogation première, qui s'entend au commencement de Fake Memory III. Tentative de définition, la définition étant un principe dont on pourrait dire que Virginie Otth est amoureuse. Mais tentative de définition pour soi, de définition pour ce projet de trilogie en particulier. Sur plus d'une année de travail, l'image fixe, a été comme envahie, séance après séance (Fake Memory I et Fake Memory II) et de façon de plus en plus agressive par le cinéma et le mouvement.

Le terme Kinétophone correspond précisément à un appareil inventé par Thomas Edison dans une tentative désespérée de la préhistoire cinématographique de faire cohabiter image et son.
La bande son, réalisée à un autre moment que le film et enregistrée sur des rouleaux de cire, était démarrée manuellement, d'une manière irrémédiablement asynchrone et systématiquement détachée. En tous les cas, physiquement dissociée…
Ce soir, cette cire est évidemment à l'image de l'empreinte que nos souvenirs laissent sur notre mémoire: tout à la fois imprécise, falsifiée et asynchrone.

Dans cette ultime partie d'un projet singulier, développé avec une précision parfois inquiétante, chirurgicale, l'écrit cède la place à l'oralité dans un mouvement de retrait du monde des signes, un mouvement de préséance.
Un homme danse devant une pierre primitive, vestige minéral d'un temps qui nous a devancé sur la terre, et le rythme de cette danse du début des temps, ou en tous cas du début du film, revient obsessionnellement dans les 14 minutes d'un univers par ailleurs situé à la limite du silence.

Nos yeux sont clos, sur les écrans de nos paupières, puisque la musique de François T. semble nous amener progressivement à ne plus voir que l'intérieur de nous même: vascularisation éblouissante des membranes qui nous séparent de l'extérieur, pulsations inévitablement croissantes qui font encore et encore entrer le film en nous pour ne plus penser qu'à travers lui.

Ce soir, nous sommes assis dans un même lieu, et pourtant, pendant la durée que nous imposent les images c'est d'une manière solipsiste que ce rythme parle en chacun de nous: ce rythme s'imprime, comme la lumière sur la rétine, comme les photons sur la pellicule photographique, évidemment comme le son dans la cire des rouleaux d'Edison. Il s'imprime, et imprime en nous son tempo.

Tentative de définition disais-je: le cinéma comme mouvement, avec un désir de parole impossible, justement asynchrone… ce cinéma nous retourne sur nous même et nous projette par conséquent hors de nous, dans une mémoire flexible, stratifiée, dissoute dans le réel du monde et de ses images.
David Gagnebin-de Bons.